La faculté d’adaptation aux marchés mise à l’épreuve

Il y a deux mois, la France entrait (à l’instar de nombreux autres pays) dans une période de confinement qui a imposé à chacun, individus et entreprises, des modes de vie et de fonctionnement totalement inédits. Le secteur agro-alimentaire, parmi d’autres secteurs dont la poursuite d’activité a été jugée essentielle malgré la situation sanitaire, s’est trouvé face à un triple défi : celui de protéger la santé de ses salariés, de continuer à assurer l’approvisionnement d’un marché français sur lequel les schémas de consommation s’étaient modifiés du jour au lendemain, et de rester, pour les pays qui ont besoin de l’importation afin de satisfaire leurs besoins alimentaires, un fournisseur fiable.

Le confinement a induit des modifications brutales et radicales dans les schémas de consommation (cf article : La consommation à l’heure du Covid19 : Quels constats, quels enseignements ? ). L’arrêt de la restauration collective, les recommandations de limitation des sorties, ainsi que les incertitudes – engendrées par le caractère inédit de la situation – sur le fonctionnement du système d’approvisionnement, ont provoqué l’accroissement des achats de produits stockables par les particuliers. Ainsi les Français ont-ils espacé leurs passages à la boulangerie, mais acheté bien plus de sachets de farine qu’à l’ordinaire afin, tout à la fois, d’occuper agréablement des enfants « privés » d’école et de trouver du réconfort dans des aliments source de plaisir. De la même manière, les paquets de pâtes ont pris une place plus importante dans les caddies… et sur les tables des familles réunies non plus seulement pour le repas du soir, mais également pour celui du midi.

La filière s’est adaptée aux modifications brutales de la consommation, dans la limite dictée par les impératifs sanitaires notamment. Les moulins et les usines de fabrication de pâtes sont parvenues à se réorganiser en un temps record, et dans des conditions contraintes, afin de maximiser la production en réponse à la demande des particuliers, passant à un fonctionnement en 3×8 ou en 7j/7 en tant que de besoin. Pour autant il n’était pas possible de modifier profondément un outil industriel dans le pas de temps de la crise.  

Elle a, par ailleurs, mis en évidence l’importance, jusqu’alors insoupçonnée des consommateurs que nous sommes, de toute la chaîne logistique qui se trouve derrière un produit de première nécessité tel que la farine présente sur les linéaires des magasins. Qui dit sachet de farine dit… sachet, ainsi que ligne d’ensachage dans les moulins. Dans certains magasins, sur certaines parties du territoire, les rayonnages de farine, pris d’assaut par les consommateurs, ont très prosaïquement témoigné du temps nécessaire à la fabrication de sachets en plus grand nombre, mais aussi d’un nombre de lignes d’ensachage, dans les moulins, ajusté aux besoins habituels (hors confinement…) du marché intérieur.

Dans le même temps, la chaîne logistique a fonctionné de manière optimale compte tenu des circonstances grâce à la mobilisation des acteurs et à un dispositif de concertation renforcé (cf. article : Logistique : Retour sur les premiers temps de la gestion de la crise).

La baisse de la demande du marché français s’est conjuguée à une demande à l’importation accrue, de nombreux pays importateurs souhaitant reconstituer leurs stocks de céréales. Les exportations de blé tendre (en passe d’atteindre le chiffre record de 13,3 Mt, d’après les derniers bilans prévisionnels de FranceAgriMer) sont particulièrement illustratives de cette rencontre de l’offre et de la demande sur le marché mondial, et la performance logistique. Dans la situation de crise que le monde connaît actuellement, il serait totalement irresponsable que nous ne répondions pas, alors même que nos volumes disponibles le permettent largement (avec une production de près de 39,6 Mt et des utilisations intérieures de 14,7 Mt), à la demande de pays où la sécurité alimentaire reste une question critique.

Le dispositif français bien rôdé de suivi statistique de l’offre et de la demande joue un rôle clé dans cette capacité à assumer une responsabilité internationale majeure et à garantir le bon approvisionnement du marché intérieur. Tous les mois, des bilans prévisionnels de la campagne de commercialisation en cours sont établis, avec la collaboration des opérateurs et sous l’égide de FranceAgriMer, qui permettent de vérifier l’équilibre des ressources et des utilisations. 

Pour en savoir plus : contacter Olivia LE LAMER, olelamer@intercereales.com