Les céréales et le défi de la sécurité alimentaire

La population mondiale devrait atteindre 8,5 milliards en 2030 et 9,7 milliards en 2050. Les besoins en céréales devront progresser de 50 % pour satisfaire la demande. Ce défi considérable peut être relevé via la poursuite de la croissance des rendements dans toutes les régions agricoles de la planète.

  • L’augmentation de la population mondiale va générer une croissance de 50 % de nos besoins en céréales d’ici 2030, qui passeront de 2 à 3 milliards de tonnes.

    Cette évolution du besoin en céréales est à mettre en perspective avec la situation actuelle qui met déjà en évidence de graves déséquilibres dans l’accès à la nourriture.

    Aujourd’hui, plus d’un milliard d’adultes dans le monde souffrent de surpoids et 300 millions sont considérés comme obèses. Dans le même temps, 1,02 milliard d’êtres humains sont sous-alimentés dans le monde.

    Source : OMS, FAO

    Au niveau planétaire, on observe une diminution relative des surfaces agricoles disponibles, liée notamment à l’augmentation de la population à l’urbanisation et à la désertification des zones rurales. Les rendements agricoles, quant à eux, varient selon les zones géographiques, du fait de facteurs naturels - climat et disponibilité en eau principalement - et techniques.
     

    Evolution des surfaces agricoles mondiales

    Evolution des surfaces agricoles mondiales | Ⓒ Claude Roy, coordinateur interministériel pour la valorisation de la biomasse

    Il existe de très importantes possibilités de croissance de la production dans certaines zones (Asie, Amérique du Sud) et la plupart des scénario proposent pour l’avenir des réponses régionales, en lien avec l’évolution de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC).

    Selon la FAO, les surfaces disponibles pour l’agriculture dans le monde représentent 4 milliards d’hectares, dont seulement 1,5 milliard sont cultivés aujourd’hui.

  • Après la seconde guerre mondiale, la reconstruction de l’agriculture européenne s’accompagne de la création de la Politique Agricole Commune (PAC). Cette politique a permis aux agriculteurs européens d’investir et d’augmenter leur capacité de production. La France a notamment bénéficié des effets de la PAC : notre pays est passé d’un état de dépendance extérieure à une situation d’autosuffisance et d’exportation. Et ce malgré une croissance très soutenue de sa population, celle-ci ayant augmenté de plus de 50 % entre 1950 et 2020.

    Source : Insee

    Aujourd’hui, la France est le 1er producteur de l’Union Européenne grâce aux capacités d’adaptation de l’agriculture, à sa modernisation et aux conditions pédoclimatiques du pays, les rendements en France ont pu être multipliés, selon les espèces, par 3 ou 4 au cours de cette période. À l’avenir, les experts s’accordent sur une croissance annuelle des rendement français de l’ordre de 1%.

    Source : Commerce Extérieur

    Parallèlement, la part de l’alimentation dans le budget des ménages a été divisée par 2 entre 1960 et aujourd’hui.

    Ainsi, se nourrir en Europe coûte de moins en moins cher. À titre d’exemple, la part du budget des ménages français consacré à l’alimentation a été divisée par deux entre 1959 et 2009 pour atteindre aujourd’hui environ 11% de leur budget total.

    Cette baisse relative des dépenses alimentaires a libéré du pouvoir d’achat qui a irrigué les autres branches de l’économie (loisirs, communications, transport). Elle a contribué au développement du secteur de la santé, et plus généralement des services, amenant les Européens à un meilleur niveau de vie.

    Source : Insee

  • L’espérance de vie en France est passée de 45 ans en 1900 à 81 ans en 2006. Aujourd’hui, les Français gagnent en moyenne 3 mois d’espérance de vie chaque année, notamment grâce à l’amélioration de la qualité de notre alimentation et à celle des productions agricoles.

    Sur le plan de la qualité sanitaire, les intoxications alimentaires ont fortement diminué. Ainsi, dès les années 1960, la sélection d’espèces particulières et le choix de pratiques culturales adaptées ont par exemple permis d’éradiquer complètement l’ergot des céréales. Autre exemple, depuis 1950, on observe une division par 4 de la fréquence du cancer de l’estomac, notamment du fait de l’amélioration de la qualité de l’alimentation, l’estomac étant le premier viscère exposé aux pollutions d’origine alimentaire.

    Source : Centre International de Recherche sur le Cancer

    De même, la qualité technologique des blés a été améliorée : la teneur en protéines du blé a augmenté d’un tiers en un siècle (elle est passée de 8 % au début du XXe siècle à 11 % à l’heure actuelle) tandis que sa valeur boulangère (c’est-à-dire son aptitude à la panification) a été multipliée par 3.

    Source : ARVALIS-Institut du Végétal
     

    Une chaîne de contrôle toujours plus rigoureuse

    Pour assurer une qualité optimale de leurs productions, les agriculteurs et producteurs de Grandes Cultures français suivent une réglementation et une chaîne de contrôles particulièrement strictes en Europe, puisque les valeurs cibles retenues sont inférieures à celles du Codex Alimentarius (réglementation internationale FAO/OMS).

    Ainsi, les Teneurs Maximales en Résidus (TMR) des produits alimentaires sont 100 à 1 000 fois inférieures aux Doses Sans Effet (DSE), et l’on dénombre 40 000 contrôles de conformité sanitaire organisés chaque année sur les lieux de vente des pays membres de l’Union Européenne.

    De nouveaux enjeux en recherche & développement

    Sur différentes thématiques telles que l’exposition aux allergènes ou la lutte contre l’obésité, la recherche agricole, via la génétique, travaille et élabore des espèces et des produits innovants, continuant de renforcer la qualité nutritionnelle et technologique de ses productions. L’Inra a par exemple conduit des projets pour élaborer un nouveau produit à base de blé vert enrichi en potassium, magnésium, vitamines A et B.

    Grâce à la transgenèse, des produits comme le riz enrichi en beta-carotène, peuvent augmenter la valeur nutritive de notre alimentation. Le développement d’une agriculture de précision (par exemple par satellite) va également dans le sens d’une qualité sanitaire encore renforcée grâce à un dosage au plus juste des traitements des plantes contre les maladies et les ravageurs. Aujourd’hui les variétés sont sélectionnées selon des critères agronomiques (rendement, résistance aux maladies…) pour l’agriculteur et selon des critères technologiques et sanitaires pour les industries de transformation. Les techniques de production ont fait beaucoup de progrès : un champ de blé reçoit 10 fois moins de produits phytosanitaires qu’il y a 20 ans. La consommation d’engrais pour un hectare de blé a baissé de 33 % entre 1990 et 2006 en France et les volumes de pesticides vendus ont baissé de 21 % entre 2001 et 2008 en France.

    Sources : UNIFA, UIPP

    La recherche travaille actuellement pour augmenter encore la qualité nutritionnelle des céréales. De nouveaux procédés de transformation permettent de préserver voire d’améliorer les qualités nutritionnelles des grains. La littérature scientifique et les études récentes montrent qu’un certain nombre de composés bénéfiques, contenus notamment dans les enveloppes externes des grains de céréales, protégerait des maladies cardiovasculaires, du cholestérol et du diabète de type II.
     

    Répondre aux enjeux de santé publique

    La prévention de l’obésité et du diabète figure au cœur des politiques de santé publique en Europe. Une des stratégies pour lutter contre ces maladies est de prévenir leur apparition, en améliorant le potentiel nutritionnel des aliments.

    Sachant que les céréales et les aliments céréaliers constituent le socle du régime alimentaire quotidien des Européens, il apparaît nécessaire de poursuivre l’amélioration des connaissances de leurs potentiels nutritionnels. Aujourd’hui, la recherche d’un meilleur équilibre alimentaire est une des voies principales pour améliorer la santé des Français.

    La mise en œuvre des recommandations alimentaires du Fonds Mondial de Recherche sur le Cancer (45 à 60 % de l’apport énergétique sous forme de glucides et protéines végétales, augmentation de la consommation de fibres, augmentation de la consommation d’huiles végétales par rapport aux autres sources de lipides) pourrait à elle seule diminuer de 20 % l’incidence globale du cancer.

    Un des objectifs clés du Programme National Nutrition et Santé est d’augmenter la consommation de glucides complexes (i.e. « les sucres lents ») et de fibres, et donc d’accroître la consommation de produit à base de céréales. Les céréales renferment de nombreux composés d’intérêt nutritionnel, notamment dans les enveloppes externes du grain : des minéraux, des oligo-éléments (magnésium, fer, potassium), des vitamines du groupe B (B1, B2, B5, B6, PP), en acide folique (B9), en vitamine E (aux propriétés anti-oxydantes) et des fibres solubles et insolubles.